
Photo : Patrick Blanchard
Le futur complexe sportif Léo-Lagrange, à proximité de l'hôpital Font-Pré, est l'un des plus gros chantiers en cours dans l'agglomération toulonnaise. Jusqu'à jeudi dernier, et depuis des mois, les déblais étaient stockés sur la propriété du maire de Belgentier, un site qui fait partie du réseau européen Natura 2000.
Après le scandale des déblais du tunnel de Toulon, voilà celui du complexe sportif Léo-Lagrange, l'un des plus gros chantiers en cours dans l'agglomération toulonnaise. Jusqu'à jeudi dernier, ses déblais étaient entreposés sur la propriété du maire de Belgentier, Bruno Aicard, un site naturel qui fait partie du réseau européen Natura 2000. Ce site est « piloté » par l'agglomération Toulon-Provence-Méditerranée (TPM), également maître d'ouvrage du complexe Léo-Lagrange. Le programme est financé par l'État, le conseil général et la région pour un montant de 32,165 millions d'euros, hors taxes.
Mercredi dernier, le Comité de sauvegarde de la vallée du Gapeau tirait la sonnette d'alarme face au va-et-vient incessant de camions de gros tonnage sur le chemin de l'Escride, qui mène à la propriété du premier magistrat belgentiérois, dans le massif des Morières.
L'Europe s'en mêle
La découverte de trois décharges réceptionnant, entre autres, les déblais du chantier du tunnel de Toulon, à Signes sur une propriété agricole, ainsi qu'à Belgentier sur la propriété Aicard et le centre équestre « L'Hacienda », avait conduit, en mai dernier, l'association Environnement Méditerranée, puis l'Union vie et nature 83 à saisir la juridiction administrative et l'Europe (nos éditions du 26 février et des 22 et 23 mai 2009). Rebelote aujourd'hui.
Cette nouvelle affaire n'est pas sans causer l'embarras de TPM et de la préfecture (lire par ailleurs). Bruno Aicard, qui demeure injoignable, aménage officiellement une oliveraie sur sa propriété. En février, les déblais, d'une hauteur de 20 mètres, s'étendaient sur près de quatre hectares. À proximité, « L'Hacienda » procède aux mêmes pratiques. Interpellés en début d'année sur ces deux dossiers, la préfecture et les services de l'État concernés n'avaient constaté « aucune infraction ».
C'est aujourd'hui la Commission européenne qui demande des explications. Une procédure est engagée auprès du gouvernement français, vu l'absence d'étude d'incidence sur ce site où l'on assiste au comblement d'un vallon à forte valeur patrimoniale, avec habitats prioritaires et espèces animales protégées.
« Activités juteuses »
Cette étude, qui doit se pencher sur les impacts écologiques, aurait normalement dû être pratiquée par la Direction départementale de l'Équipement et de l'Agriculture, sous le contrôle de légalité de la préfecture. « Ce qui aurait motivé un refus », avancent les associations.
Selon les derniers recensements, en l'espace de 28 ans, 34 plantes rares ou protégées ont disparu dans le Var. La France a déjà été plusieurs fois rappelée à l'ordre sur le problème du défaut d'étude d'incidence. Théoriquement, dès l'instant où des espèces protégées sont présentes sur une zone, l'État doit s'assurer que les demandes de dérogation à leur destruction ont bien été accordées. Un contrôle d'autant plus nécessaire que les décharges illicites issues des chantiers du BTP se multiplient sur les sites naturels et agricoles varois.
En outre, comme le soulignait récemment la mairie de La Crau, aux prises avec l'accumulation de matériaux divers dans la Vallée verte, « il semblerait que ces activités soient juteuses. »
nbrun@varmatin.com
Nathalie Brun
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