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Lundi 12 octobre 2009 1 12 /10 /2009 19:36

Après nos révélations sur les dessous de l'affaire du fonds Volter, un important dossier d'escroquerie impliquant l'ancien trader Imad Lahoud (accusé d'être également le falsificateur des listings Clearstream), François Pérol et son épouse, Nathalie Guggenheim, ont annoncé, vendredi 9 octobre, au site du Nouvel Observateur leur intention de déposer plainte en diffamation contre Mediapart. Dans son enquête, Mediapart mettait en lumière le rôle joué par ce proche de Nicolas Sarkozy et de sa future femme en toile de fond de la déconfiture du fonds Volter, dont la faillite a porté sur la disparition de 42 millions de dollars.

 

Ancien directeur adjoint de cabinet de Nicolas Sarkozy au ministère des finances, puis secrétaire général adjoint de l'Elysée, François Pérol est aujourd'hui à la tête du géant bancaire Banque populaire/Caisses d'épargne.

 

Sollicité par Mediapart à plusieurs reprises avant la parution de notre enquête, François Pérol n'avait pas voulu s'exprimer sur «le fond du dossier», se contentant de nous faire savoir qu'«il y a des choses que [il] ne [laissera] pas passer». Dans un communiqué envoyé au site du Nouvel Observateur – et non à Mediapart –, ce fidèle du chef de l'Etat affirme: «Suite aux allégations les concernant avancées ce matin (9/10/2009) par le site Mediapart, François Pérol et Nathalie Guggenheim indiquent qu'ils vont poursuivre en diffamation le site Mediapart et les auteurs de l'article.»

 

Dans un entretien à l'AFP, Olivier Metzner, l'un des avocats de l'ancien premier ministre Dominique de Villepin, soupçonné d'avoir participé à la machination Clearstream en compagnie d'Imad Lahoud, dit aujourd'hui s'interroger sur la «proximité» entre le falsificateur présumé des listings et «le cercle rapproché» de Nicolas Sarkozy. Lors de la première semaine du procès Clearstream, qui s'est ouvert le 21 septembre au palais de justice de Paris, il a notamment été révélé que François Pérol avait déjeuné ou dîné à une quinzaine de reprises entre février 2004 et juillet 2005 avec Imad Lahoud. Me Metzner s'étonne: «Un haut commis de l'Etat va dîner 15 fois avec un gars soupçonné d'avoir piqué 42 millions de dollars.»

 

Ci-dessous, notre enquête publiée jeudi 8 octobre :

 

Le passé d'Imad Lahoud remonte petit à petit à la surface, et l'Elysée s'en passerait sans doute volontiers. Entre 2000 et 2002, peu de temps avant de devenir le personnage central de la machination Clearstream, l'ancien trader a bénéficié de ce qui apparaît comme un traitement de faveur de la part de la Commission des opérations de bourse (COB) et du Conseil de discipline de la gestion financière (CGDF), ancêtres de l'actuelle Autorité des marchés financiers (AMF). A cette époque pourtant, M. Lahoud apparaissait, en tant que dirigeant d'une société de gestion agréée par la COB, comme l'un des responsables de la disparition de 42 millions de dollars dans l'affaire du fonds Volter, un dossier d'escroquerie susceptible d'avoir des ramifications politiques.

Or, selon plusieurs documents et témoignages recueillis ces derniers jours par Mediapart, l'attitude manifestée par l'administration s'agissant de celui qui est aujourd'hui présenté comme le falsificateur des listings Clearstream témoigne d'une clémence peu ordinaire. Et fait apparaître le rôle majeur joué par deux anciens hauts fonctionnaires de la direction du Trésor, à savoir un proche de Nicolas Sarkozy, François Pérol, et celle qui deviendra, plus tard, l'épouse de ce dernier, Nathalie Guggenheim. Les sanctions encourues par Imad Lahoud n'étaient pourtant pas minces: interdiction définitive de gérer et peines d'amendes pouvant s'élever à dix fois les profits réalisés.

M. Pérol fut notamment directeur adjoint du cabinet de Francis Mer puis Nicolas Sarkozy au ministère des finances (2002-2005) avant d'être promu secrétaire adjoint de la présidence de la République en 2007. Il dirige depuis cette année le groupe Banque populaire/Caisses d'Epargne (BPCE). Et l'un des premiers actes de François Pérol à la tête de ce géant bancaire fut, le 23 juillet dernier, de nommer à son conseil de surveillance... Marwan Lahoud, l'un des frères d'Imad.

Selon d'autres informations, il apparaît qu'Imad Lahoud a également échappé en 2003 à une mise en cause judiciaire dans une affaire internationale de délit d'initiés alors qu'un rapport d'enquête de la Commission des opérations de bourse (COB), dont Mediapart a obtenu une copie, le présentait dès juillet 2000 comme l'un des principaux bénéficiaires français des faits dénoncés.

 

·          Le juge d'Huy, du fonds Volter à Clearstream

 

Ces nouveaux éléments reposent la question des protections dont semble jouir M. Lahoud depuis de nombreuses années, et de sa proximité avec des personnes gravitant aujourd'hui dans le premier cercle de Nicolas Sarkozy, partie civile dans le procès Clearstream. D'autant que l'enquête judiciaire sur la déconfiture du fonds Volter, ouverte en 2001 au palais de justice de Paris, semble au point mort depuis qu'elle a été confiée, en 2003, à Jean-Marie d'Huy, l'un des juges d'instruction de l'affaire... Clearstream.

Avant d'être présenté comme le falsificateur des comptes Clearstream, Imad Lahoud était un jeune homme promis à un bel avenir. Mathématicien de formation, ancien trader à Londres, où il a amassé beaucoup d'argent, il a très vite fréquenté la haute société parisienne à son retour en France, notamment grâce à son épouse, Anne-Gabrielle Heilbronner, énarque et fille d'un ancien directeur du cabinet de Jacques Chirac à Matignon, François Heilbronner.

Avec son beau-père, Imad Lahoud a monté en 1997 HL Gestion, une société dont l'essentiel de l'activité consistait à gérer les avoirs d'un fonds d'investissement, le Volter Fund Limited, immatriculé dans les Iles Vierges britanniques. Un paradis fiscal. HL Gestion a reçu, le 25 septembre 1997, un agrément de la COB, viatique nécessaire pour pouvoir exercer cette activité financière.

Trois ans plus tard, à l'été 2000, les autorités boursières ne pouvaient que constater la faillite des activités d'Imad Lahoud et de son beau-père. Dans un rapport d'enquête, daté du 11 septembre 2000, le service de l'inspection de la COB relevait que la société alors présidée par M. Lahoud était dans «l'incapacité [...] d'assurer le remboursement des parts des souscripteurs, à en donner une valorisation et à indiquer le volume de ses actifs financiers disponibles ainsi que leur localisation». En résumé, et aussi incroyable que cela puisse paraître: l'argent a littéralement disparu et il n'est pas retraçable.

Le montant des pertes s'élève alors à la somme colossale de 42 millions de dollars. Mais il apparaît aujourd'hui que la société HL Gestion n'est pas seule à avoir failli à sa mission, la COB ayant joué un rôle pour le moins trouble depuis le début de cette histoire.

Première anomalie, qui s'apparente à un péché originel : la COB n'a pas rempli, en 1997, l'une de ses obligations réglementaires avant de donner son agrément. A savoir s'assurer de l'existence et de la pérennité d'une convention signée entre HL Gestion et une société dite «dépositaire», dont l'objet - fondamental - est de permettre la localisation des fonds déposés. C'est à cause (ou grâce) à cette absence de dépositaire que l'argent du fonds Volter a pu ainsi s'évanouir dans la nature. Sans laisser de trace.

·         François Pérol au Conseil de discipline

 

La personne qui, au service de la gestion et de l'épargne de la COB, a suivi le dossier HL Gestion en 1997 et constitué le rapport d'agrément est une certaine Nathalie Guggenheim, future femme de François Pérol, et amie d'Anne-Gabrielle Heilbronner, épouse Lahoud.

Interrogé par les enquêteurs de la COB le 18 juillet 2000, Imad Lahoud a avancé une explication qui laisse songeur s'agissant de l'absence de convention entre HL Gestion et une société dépositaire: «Je ne dispose pas de relevés de comptes au nom de Volter Fund. Comme je viens de vous l'expliquer, je n'ai pas pu, malgré plusieurs demandes, obtenir communication de ces documents depuis bientôt deux ans. Je me suis donc vu dans l'obligation de gérer environ 300 millions de francs sans ces outils comptables. Je suis également dans l'incapacité comptable de vous indiquer le montant des avoirs.» C'est un peu comme si un pilote de formule 1 affirmait avoir dû conduire, pendant des années, sans roues ni châssis...

Deuxième anomalie, de taille elle aussi: une inspection menée par la COB à l'été 2000 sur la gestion de la société d'Imad Lahoud n'a relevé que des irrégularités mineures, alors que la faillite de l'entreprise, en état de cessation de paiement, sera prononcée quelques semaines plus tard.

 

Au regard de la gravité des faits dénoncés par la COB dans ce rapport du 11 septembre 2000, la procédure habituelle aurait pu conduire à l'ouverture d'une enquête du Conseil de discipline de la gestion financière (CDGF), une juridiction administrative indépendante, compétente pour infliger des sanctions aux sociétés agréées défaillantes. Outre l'auto-saisine, le CDGF pouvait être activé de deux manières: soit par la COB, dont on imagine qu'elle ne pouvait le faire au vu de son attitude dans cette affaire, soit par le commissaire du gouvernement (représentant la direction du Trésor au CGDF).

Or, qui occupe ce poste à la période clef ? François Pérol, nommé commissaire titulaire le 16 mars 2001. Et sa suppléante n'est autre que... Nathalie Guggenheim. L'actuelle compagne de M. Pérol avait été nommée commissaire du gouvernement suppléante auprès du CGDF dès le 6 avril 1999, poste qu'elle conserva donc à la nomination de François Pérol comme commissaire titulaire. Une chose est sûre, entre 1999 et 2002 (date à laquelle M. Pérol rejoignit Bercy), à aucun moment le Conseil de discipline ne sera saisi afin de se pencher sur les graves irrégularités constatées au sein de HL Gestion.

Une attitude difficilement compréhensible. D'autant que l'affaire du fonds Volter a déjà, à cette période, connu d'importants développements judiciaires. Au mois de juillet 2000, Fortis Investment Management France, qui détient des parts dans le fonds Volter, a porté plainte, estimant avoir été victime d'une arnaque. Le parquet de Paris ouvre alors une information judiciaire pour «escroquerie» et «abus de confiance», tandis que le fonds est placé en liquidation judiciaire.

L'instruction est confiée à deux juges du pôle financier parisien,Valérie Salméron et Isabelle Prévost-Desprez. Il faudra près de deux ans aux magistrates pour démêler l'écheveau complexe mis en place par Lahoud - une myriade de sociétés, avec participations croisées, gravitant autour de HL Gestion. En juin 2002 , François Heilbronner et son gendre, Imad Lahoud, sont placés en garde à vue, tandis que les policiers de la brigade financière mènent une perquisition au siège parisien de la banque NSM, où étaient domiciliés les comptes du fonds Volter.

 

·         42 millions de dollars et l'hypothèse d'un financement politique

 

Dans la foulée, M. Heilbronner est mis en examen pour «escroquerie en bande organisée avec appel public à l'épargne», mais laissé en liberté moyennant une caution de 400.000 euros. Son gendre, poursuivi lui pour «faux» et «complicité de faux», est placé en détention provisoire. Il restera 108 jours à la maison d'arrêt de la Santé, d'où il sera libéré le 8 octobre 2002 - date qui marque le vrai point de départ de l'affaire Clearstream, puisque son frère Marwan lui fait rencontrer un responsable d'EADS, Jean-Louis Gergorin (le « corbeau » du dossier), dès sa sortie de prison.

A partir de 2002, les deux juges vont lancer une série de commissions rogatoires internationales (CRI) - notamment dans les îles anglo-normandes - afin d'essayer de retrouver la trace des 42 millions de dollars volatilisés. Las, de sociétés écrans en comptes off-shore, l'entreprise relève de la gageure. Vu le profil des protagonistes et l'importance de la somme, les enquêteurs envisagent l'hypothèse d'un financement politique occulte, qu'ils ne désespèrent pas de mettre au jour. L'enquête en est là lorsqu'en octobre 2003, Isabelle Prévost-Desprez, qui instruit seule le dossier depuis quelques mois, est nommée au tribunal de Nanterre, laissant le juge Jean-Marie d'Huy récupérer le dossier.

Six ans plus tard, l'enquête ne semble pas avoir avancé d'un pouce - et les 42 millions de dollars, faute d'investigations, sont restés introuvables. Imad Lahoud risque, en cas de procès, de retourner en prison, sa grande hantise. Entre-temps, Jean-Marie d'Huy s'est, il est vrai, quasi exclusivement consacré à une autre affaire impliquant Imad Lahoud : la manipulation Clearstream, dont il a été saisi en 2004...

La justice a fait preuve d'une grande indulgence à l'égard d'Imad Lahoud. Car une autre affaire existe également. Le trader a en effet été directement mis en cause dans une affaire de délit d'initiés, traitée par la COB en 1999, dans le cadre de l'offre publique d'échange (OPE) lancée par la société Suez-Lyonnaise des Eaux sur sa filiale Sita. Or, la COB avait détecté des variations suspectes du cours de l'action Sita juste avant le dépôt de l'OPE au Conseil des marchés financiers.

Dans son rapport d'enquête (dont Mediapart détient une copie) du 4 juillet 2000 - au moment où la justice était saisie de l'affaire Volter -, le service d'inspection de la COB concluait que «les premiers intervenants sur le marché (avaient) probablement exploité une information privilégiée». Comme l'a indiqué Paris Match le 1er octobre, Imad Lahoud faisait partie de ces «privilégiés». «La société HL Gestion, dont l'activité essentielle est la gestion d'un fonds des Iles Vierges Britanniques, le Volter Fund, a acheté pour le compte de ce fonds 3.000 titres (...) Ces titres ont été revendus le jour même avec une plus-value de 9.428 euros», notait le rapport de la COB.

·         François Pérol était «un ami»

 

Transmis au parquet, le document entraîna l'ouverture d'une information judiciaire, confiée au juge parisien Armand Riberolles, qui mit en examen une « communicante » à l'origine de la fuite, et deux financiers destinataires des informations privilégiées... mais pas Imad Lahoud, qui ne fut même pas interrogé.

Lors du procès, en 2004, des trois personnes renvoyées devant le tribunal correctionnel de Paris, le procureur reconnut que tous les «initiés» n'avaient pas été poursuivis: «L'enquête en a mis d'autres en cause, mais il n'y avait pas assez d'indices concordants pour les mettre en examen», assura le représentant du ministère public. Une appréciation apparemment en contradiction avec les éléments mis au jour par la COB.

Pour l'anecdote - mais en est-ce une vraiment ? -, l'un des deux financiers condamnés par le tribunal est François Gonthier, qui se retrouva sur les listings Clearstream que Lahoud est accusé d'avoir trafiqués.

A la lumière de ces nouveaux éléments, la double question des protections dont semble avoir bénéficié Imad Lahoud et de ses relations exactes avec l'un des fidèles du chef de l'Etat ressurgit. Il a déjà été révélé lors de la première semaine du procès Clearstream,
que François Pérol avait rencontré à plusieurs reprises Imad Lahoud entre février et mars 2004, c'est-à-dire précisément à la période où le nom du futur président de la République a été introduit dans les faux fichiers de la chambre de compensation luxembourgeoise Clearstream.

Mediapart a également révélé, le 29 septembre dernier, qu'Anne-Gabrielle Heilbronner-Lahoud avait travaillé fin 2004 pour le compte de Nicolas Sarkozy au ministère du budget avant de diriger le cabinet du secrétaire d'Etat à la réforme de l'Etat, Eric Woerth. Ce dernier était parallèlement trésorier de l'UMP, présidée alors par Nicolas Sarkozy. Interrogée par la police judiciaire le 23 juillet 2007, Mme Heilbronner-Lahoud avait par ailleurs indiqué aux enquêteurs que François Pérol était
«un ami».

Interrogé, François Pérol a répondu à Mediapart par l'intermédiaire de son directeur de communication, Yves Messarovitch. Ce dernier a déclaré qu'il ne voulait pas s'exprimer sur «le fond du dossier» mais que notre enquête comportait des «allégations fausses», sans autre forme de précision. «Tout ce que je peux vous dire, c'est que François Pérol ne pouvait pas avoir techniquement connaissance du dossier Volter. Ce dossier ne pouvait pas remonter jusqu'à lui», a affirmé M. Messarovicth, qui a mis Mediapart en garde:
«Il y a des choses que nous ne laisserons pas passer».

Egalement sollicitée, Nathalie Guggenheim n'a pas souhaité nous répondre. Elle est aujourd'hui responsable de la déontologie chez HSBC France.

Par NPA Var-Est - Publié dans : Infos National
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